Interview : Gemmyo, le joaillier qui imprime ses bijoux en 3D

Interview : Gemmyo, le joaillier qui imprime ses bijoux en 3D

On le sait, l’impression 3D s’applique à tous les domaines de notre vie. Et elle peut bien sûr être très utile aux artisans ! Certains secteurs sont plus impactés que d’autres, et cette technologie s’applique plus pour le moment aux industries de pointe comme l’aéronautique ou l’automobile. Mais plus près de nous, certains sites de mode commencent à utiliser les possibilités offertes par l’impression 3D en matière de personnalisation. C’est le cas de Gemmyo, un joaillier en ligne qui vous permet de créer sur-mesure vos bijoux grâce à l’impression 3D ! Soucieux d’en savoir plus sur la manière dont les entrepreneurs français s’activent dans ce secteur, nous avons interviewé Pauline Laigneau, co-fondatrice de Gemmyo. Voici ses réponses très intéressants, bonne lecture !

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Pouvez-vous commencer par présenter votre société ? Combien êtes-vous, quel est votre cœur d’activité ?

Gemmyo.com est une marque qui a la particularité de vendre ses créations uniquement sur internet. Nous avons un catalogue de plus de 8000 modèles personnalisable. Concrètement, l’internaute qui cherche une pièce de joaillerie se balade au gré de ses envies et joue avec les associations de pierres et de métaux (15 pierres disponibles du diamant en passant par le saphir, le rubis, l’émeraude, l’aigue-marine etc. et 6 métaux, or blanc, jaune, rose, noir, platine et argent). Il peut ainsi créer un modèle qu’il sera sûr de ne trouver nulle part ailleurs tout en prenant en compte ses goûts et son budget.

Depuis combien de temps utilisez-vous l’impression 3D dans votre procédé de fabrication ? Qu’est-ce qui vous a poussé à vous y intéresser ?

Nous utilisons l’impression 3D depuis les débuts de Gemmyo, c’est-à-dire 2011. Nous recherchions des moyens précis pouvant nous aider à réduire les coûts de production. Nous voulions également accélérer le processus de fabrication du bijou, afin de pouvoir mettre en place la fabrication à la demande des bijoux dans un délai de trois semaines environ (traditionnellement on est plutôt sur trois mois en joaillerie physique).

Plus précisément, de quelle manière utilisez-vous l’impression 3D dans votre processus de fabrication ?

Loin d’un joaillier traditionnel qui va fabriquer 1000 fois le même modèle, le stocker puis essayer de le vendre, nous utilisons les technologies d’impression 3D pour fabriquer chacun de nos bijoux à la commande pour nos clients. L’image qui est sur le site est en réalité un fichier CAO, qui sera envoyé à la commande à une imprimante 3D puis recréé en fines tranches horizontales de 25 microns chacune, assurant une résolution parfaite. Aussitôt éjectée par des centaines de buses, le prototype en résine liquide est immédiatement durci au rayon ultraviolet. Ensuite, nous utilisons un savoir-faire permettant le « crackage » de ces résines, c’est-à-dire leur utilisation directe en Micro-Fusion pour en faire ensuite un bijou en métal précieux. Concrètement, on injecte du métal en fusion à 850°C dans cette résine et qui donne un bijou, ensuite prêt à être serti puis poli par des artisans joailliers

Quels sont les avantages pour vous ? Pour les clients ?

L’utilisation de l’impression 3D nous apporte plusieurs avantages précieux.

Rapidité : le travail long et coûteux du maquettiste est évité et le crackage de la résine est possible sans passer par un moule en silicone. Sans 3D, impossible de créer de A à Z un bijou sur mesure en 2 semaines comme nous le faisons.

Gain d’argent : on évite le port d’un stock de joaillerie très coûteux. Il faut savoir qu’un bijou dans une joaillerie traditionnelle reste environ 646 jours en stock avant d’être vendu. Je vous laisse imaginer l’impact sur le prix final pour le client.

Plus de précision : avec la technique d’impression HD par tranches de 25 microns, la pierre est parfaitement maintenue par des griffes conçues pour elle. Baisse du risque de casse ou de « déssertissage ». Travail par homothétie : toutes les tailles sont possibles. L’utilisation d’un outil CAO permet de sortir une résine dans toutes les tailles sans avoir à refaire une maquette à chaque fois.

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Quel type d’imprimante 3D utilisez-vous ? Est-ce systématique ?

Nous ne communiquons pas sur le type d’imprimante 3D que nous utilisons. Cependant, nous utilisons cette technologie systématiquement, elle est au cœur de notre business modèle. C’est justement une de nos valeurs ajoutées. Nous n’utilisons pas la 3D que pour le prototype mais véritablement pour chacun de nos bijoux… ce qui possible car le bijou est particulièrement concentré en valeur… ce serait moins rentable pour la fabrication de chaussures sur mesure par exemple !

Cela fait forcément changer les métiers présents dans l’entreprise, il faut par exemple quelqu’un capable de modéliser un fichier en 3D… En quoi cette nouveauté fait-elle également évoluer le secteur de la joaillerie ?

La maison Gemmyo est très différente d’une joaillerie traditionnelle, car l’impression 3D est au cœur de notre business modèle. Les facteurs qui nous différencient concernent majoritairement la partie technique. Cette dernière a effectivement beaucoup évolué, notamment au niveau de l’imagerie 3D et de la conception. A l’opposé de la joaillerie traditionnelle, nous ne travaillons pas en série mais pièce par pièce, ce qui a de lourdes implications en terme d’organisation de notre chaîne de production. En fait pour utiliser un terme un peu technique nous adaptons tout simplement le « lean manufacturing » au secteur de la joaillerie. Il s’agit d’une fabrication pièce à pièce de modèles à chaque fois différent, le tout en moins de 10 jours ouvrés et avec une très large variété de pierres. C’est radicalement différent du métier de joaillier traditionnel qui procède par fabrication de stock.

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Comment voyez-vous le futur de l’impression 3D ? Pensez-vous qu’elle sera grand public bientôt ? Ou plus utilisée par les commerçants et artisans ?

Nous pensons que l’impression 3D restera plus vraisemblablement entre les mains des entreprises, designers ou artisans. Il y a une barrière à l’entrée assez forte qui est la maitrise de l’outil de conception 3D. Même si des fabricants de logiciels arrivaient à créer des logiciels très intuitifs, il faudrait ensuite avoir la connaissance technique du produit à concevoir. Par exemple pour un bijou, on ne peut pas arbitrairement décider qu’une sertissure fait telle ou telle taille. Il y a des contraintes techniques pour que le bijou soit solide et durable. J’ai peur que l’utilisation par le grand public soit limitée à des objets un peu déco (coques d’iphone, petits objets déco etc.) plus qu’à des objets vraiment utilitaires. Mais j’espère me tromper !

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Cet article a été rédigé par +Flavien

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